Les cloches de l’église Saint-Michel à Payrin

L’église Saint-Michel de Payrin se trouve un peu à l’écart du village actuel. La première trace de cette église remonte au XIV° siècle, ce n’est alors qu’une petite chapelle dépendant de l’Abbaye d’Ardorel qui se trouvait sur le causse tout proche. Cette chapelle était desservie par un moine cistercien qui venait y célébrer une messe tous les dimanches. Cette pratique s’est poursuivie jusqu’au milieu du XVI° siècle, date où l’abbaye a été saccagée et détruite entraînant le massacre de plusieurs moines. Après ce drame sanglant, la petite chapelle Saint-Michel de Payrin devient une annexe de Notre-Dame de Noailhac jusqu’à la Révolution Française avant d’être érigée en paroisse en 1802. En ce début du XIX° siècle, le modeste hameau de Payrin qui était blotti aux abords de l’église avait disparu. Les habitants, attirés par l’industrie textile qui commençait à s’établir dans le pays, s’étaient rapprochés des usines et avaient établi leurs maisons un peu plus bas, vers l’ouest tandis qu’à l’opposé commençait à naître celui de Rigautou. L’église devenue trop petite est alors agrandie de trois travées afin d’accueillir tous les paroissiens.

Eglise Saint Michel de Payrin

LE CLOCHER

Le clocher est construit en 1856 et quelques réparations sont apportées à l’église. Un dernier agrandissement est réalisé quelques années plus tard avec l’ajout d’une travée supplémentaire et la construction des deux tourelles au-devant du clocher. Ce dernier, de forme carrée et surmonté d’une courte flèche d’ardoise, abrite trois cloches. Il n’y a aucun escalier pour monter au clocher et pour y accéder il faut une échelle, passer sur la toiture et entrer dans la salle des cloches par une fenêtre… Cette ascension a pu se faire grâce à l’aide de Fabrice Birendelli, habitant du lieu, qui a mis une échelle à notre disposition et nous a aidés à grimper sur le toit de l’église…

LES CLOCHES

Sur ces trois cloches, deux (la grande et la petite) proviennent de la fonderie Vinel frères de Toulouse qui en a produit une grande quantité dans tout le midi toulousain.  Bien que fabriquées en 1914 à l’occasion de la Mission prêchée par le Père Prosper Jammes, la cérémonie de bénédiction de ces deux cloches ne peut avoir lieu en raison de la déclaration de guerre. Ces deux cloches restèrent donc à la fonderie Vinel à Toulouse où, cachées sous des sacs de ciment et de chaux, elles échappèrent à la réquisition militaire. Une fois la paix revenue, les cloches arrivent enfin à Payrin au commencement de novembre 1919 et le 7 décembre elles sont solennellement bénies par le chanoine Gauthier curé de Notre-Dame de Mazamet. Toutefois, sur la plus grosse, il est inscrit dans le bronze que la bénédiction a été donnée par l’Abbé Marcenac, curé… Ce détail s’explique par le décalage de cinq ans entre la coulée et la livraison. Ce dernier n’était plus à Payrin… La troisième, plus ancienne (1864), qui par ordre de grandeur se situe entre les deux précédentes, a été coulée par Granier de Mazamet, fondeur  inconnu dont nous n’avons retrouvé que deux cloches, celle-ci et une autre qui se trouve à Saint-Amans Valtoret.  Leur iconographie est de facture rudimentaire et la décoration réduite au minimum. Il existait jusqu’en 2013 une fonderie Granier à Hérépian dans l’Hérault, mais il semble qu’il n’y ait aucun lien de parenté avec celui-ci.

Les trois cloches dont les battants ne servent plus. Ils sont remplacés par des électro-tinteurs

 

CLOCHE 1   CÉCILE  

Installée au centre du clocher, elle est équipée d’un joug semi-cintré qui permettait, avant l’électrification, de la sonner en volée balancée à l’aide d’un bras de traction toujours en place. Aujourd’hui immobilisée, elle sonne juste en tintement… Elle donne la note SOL # 3, son diamètre de base est de 94 cm, et l’on peut évaluer son poids à environ 450 kg. Sa dédicace nous apprend qu’elle était autrefois sonnée pour éloigner les orages.

A  FULGURE  ET  TEMPESTATE  LIBERA  NOS  DOMINE 

SOUVENIR  DE  LA  MISSION   DE   1914   ET  DU  RP  PROSPER 

   JE  M APPELLE  CECILE 

PARRAIN  PIERRE  MAS  MARRAINE  MARTHE  ASSIE  

JAI  ETE  BAPTISEE  PAR  ML ABBE  MARCENAC  CURE  

VINEL  FRERES  FONDEUR  TOULOUSE

Une frise de chevaux ailés décore la cloche sous les inscriptions et une autre, agrémentée de lauriers, se trouve dans sa partie inférieure. Sur la robe, sont représentés le Christ en croix et la Vierge en prière reposant sur un élégant piédouche ouvragé sur lequel est marqué S. VIERGE.

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 CLOCHE 2    LOUISE

Celle-ci, accrochée à une poutre, est en poste fixe, c’est la plus ancienne de la sonnerie et, comme la précédente, est simplement tintée. D’un diamètre de 76,5 cm, elle donne la note SI 3 (nuance haute), et son poids peut être évalué à environ 250 kg. Cette cloche a sonné, solitaire dans son clocher, durant plus d’un demi-siècle jusqu’à ce que soient installées les deux autres après la guerre. L’inscription nous renseigne sur le nom des parrain, marraine, et curé.

           CLOCHE  DE  PAYRIN  JE  M APPELLE  LOUISE 

          J AI  ETE  BENITE  PAR  MR ROUQUIER  CURE 

          MON  PARRAIN  A  ETE  M. LOUIS  DAUSSAC  

      MA  MARRAINE  MME  LOUISE  DAUSSAC

On relève comme seules décorations une Vierge à l’Enfant entourée de 11 étoiles et une croix latine sur quatre degrés. Sous celle-ci, figurent le nom du fondeur et la date GRANIER A MAZAMET 1864

 

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CLOCHE 3   GERMAINE 

Cette cloche est issue de la même coulée que la première et du même fondeur, c’est la plus petite des trois ; elle donne comme note un DO # 4  avec un diamètre de 63 cm, on peut évaluer son poids à environ 150 kg.  Installée en poste fixe à côté de la cloche précédente, elle sonne de la même façon, à l’aide d’un électro-tinteur latéral.

 VOX DEI SUM  VIVOS VOCANS  MORTUOS PLANGENS  VENITE ADOREMUS * 

JE  M APPELLE  GERMAINE 

PARRAIN  ARNAUD  PAILHE  MARRAINE  ROSE  PITTIE

VINEL FRERES FONDEUR TOULOUSE

*Je suis la voix du Seigneur, appelant les vivants, pleurant les morts, venez adorons 

 Du point de vue décoratif, une frise d’oiseaux voletant souligne l’inscription de dédicace, puis, sur la robe, on peut voir le Christ en croix avec deux angelots au pied de celle-ci. Sur l’autre face, se trouve la Vierge dite « de la Médaille Miraculeuse » représentée avec les mains rayonnantes et écrasant le serpent de ses pieds. C’est ainsi que fut conçue cette médaille après l’apparition de la Vierge à Catherine Labouré en 1830.

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Les  cloches, surtout la grosse, sont malheureusement souillées de fientes de pigeon et de coulées de ciment qui rendent difficile la lecture et l’appréciation des diverses décorations.

Les cloches de l’église Saint-Michel à Payrin par Jean-Pierre Carme et Philippe Cals

Association Carillons en Pays d’Oc Association régionale regroupant les carillons du sud de la France. www.carillonsenpaysdoc.fr

Jean-Pierre Carme et Philippe Cals – 2018